Les 10 types de profs d’allemand – #3 Le Prof de Maths

4 décembre 2012 at 11 h 22 min

Avantages: n’aime pas l’allemand.
Inconvénients: aime les maths.
Attention: aussi rare qu’il est dangereux!

Le Prof de Math est une énigme. Spécimen extrêmement rare, peut-être téléporté de la planète Zog un soir pluvieux de novembre 1889 suite à un déchirement fortuit du continuum spatio-temporel (ou était-ce en préparation d’une invasion systématique de la Terre?), c’est le seul cas connu de prof d’allemand dont le trait caractéristique est une haine profonde, viscérale et glacée pour la langue de Goethe.

Le Prof de Maths n’aime pas son métier. Ou plutôt, si: il aime son métier de prof, mais pas sa branche, l’allemand. Très vocal a ce sujet, « J’aurais du faire prof de maths… » est sa devise. Il ne se lasse pas de la répéter à longueur de journée a ses élèves, ses collègues, son principal, mais aussi au concierge, à sa famille, à son banquier et à son chien. D’autres joyeusetés telles que « Langue de barbares! », « Quand j’entend du chleu je ne m’étonne plus qu’ils aient perdu la guerre! » ou « Vivement la retraite… » font partie d’un répertoire amer, destiné à un auditoire captif et interprété sur un ton lugubre entre deux explications de textes (aujourd’hui: « Ueber eine neue Art von Strahlen » du physicien allemand Wilhelm Röntgen).

Le « Prof de Maths » tel qu’il s’imagine dans ses fantasmes. La forme féminine est récurrente dans ce genre de rêveries, quel que soit le sexe du sujet.

Le Prof de Maths est une énigme – un énigme sans réponses, qui passionne les scientifiques depuis la nuit des temps. Las! Bien qu’exprimant volontiers son dégoût pour l’Allemand, le Prof de Maths est généralement peu disert et ne parlera JAMAIS de ses choix professionnels. Ainsi, malgré de nombreuses enquêtes menées par de nouveaux élèves, personne n’a jamais pu déterminer avec certitude les raisons qui l’ont poussé à devenir prof d’allemand ni, surtout, COMMENT il a bien pu obtenir les certifications nécessaires.

Spécimen féminin de « Prof de Maths » dans son environnement naturel. Noter la règle en position de défense hostile et la lippe aigrie, caractéristiques de l’espèce.

Triste constat en effet: en plus d’être aigri, le Prof de Maths est donc parfaitement incompétent. S’il est bien en mesure de vaguement parler et comprendre la langue, et que son instinct de survie lui soufflera la manière de commander (puis obtenir) un café par une nuit sans lune dans un restoroute tenu par des fils d’émigrés tamouls quelque part au nord de Cologne, les subtilités de la grammaire lui échappent totalement, et son mépris hautain teinté de dégout (« Personne n’a jamais vu de linguiste recevoir un Nobel de Physique, que je sache! ») lui font oublier les règles les plus élémentaires de l’orthographe teutonne.

« Prof de Maths » en proie au doute, tentant de boucler un programme d’allemand cohérent peu avant la rentrée (vue d’artiste).

Confondant génitif et datif, ignorant superbement la différence entre singulier, féminin et neutre, oubliant à tout bout de champ les sacro-saintes majuscules ornant les substantifs ciselés avec amour par des générations de poètes teutons aux cheveux longs et soyeux, il est la risée de ses collègues et la Némésis du principal, lequel est forcé – au nom d’une vieille amitié, d’un pari perdu ou d’une dette de jeu – de justifier au dessus de lui non seulement les agissements, inepties et coup de sang de son subordonné, mais carrément sa simple présence en ces lieux d’études.
Interrogé à ce sujet, le Principal se murera dans un quasi-silence grommelant et invoquera systématiquement une obscure « clause de confidentialité, attendez je vais bien finir par la retrouver » et martèlera sans conviction qu’il a « toute confiance en son équipe, et ce dans son intégralité. » Poussé à bout, il se bouchera les oreilles et entonnera l’hymne national local.

Reste la question fatale: comment est-ce possible? Quelques théories tentent bien d’expliquer l’inexplicable: pari idiot lors d’une soirée bien arrosée de l’amicale des huissiers, trouble dissociatif passager survenu au mauvais moment, erreur de jeunesse combinée à une fierté mal placée, première vague de l’invasion de la Terre par la planète Zog ou contrôle mental orchestré par le complot judéo-maçonnique mondial… nul ne le saura sans doute jamais.

Mais une fois de plus, les victimes innocentes de cette sombre affaire sont toujours les mêmes: de pauvres élèves blonds et sans défense, que PERSONNE n’avait préparés à une telle éventualité. Condamnés à ne rien comprendre à l’allemand durant toute leur scolarité, ils en seront réduit à échouer en séjour linguistique à Berlin à 21 ans, où les chances de tomber sur le Nostalgique du IIIe Reich, le Romantique aux Cheveux Longs ou la Grosse Bertha (spécimens que nous étudierons plus en détail lors de prochaine causeries) seront multipliés par 1’000.

Ils finiront sans doute alcooliques, seuls pour toujours.