Les 10 types de profs d’allemand – #2 Le Tortionnaire Sadique

1 décembre 2012 at 15 h 05 min

Avantages: fierté du survivant; remplace avantageusement un camp d’entraînement de 22 semaines pour intégrer les Navy SEALs.
Inconvénients: tortionnaire; sadique.
Attention: suspecté depuis toujours de pratiquer la magie noire, il est capable d’annihiler même les plus endurcis.

Arrivé à l’âge de quitter l’école obligatoire pour découvrir les nombreuses joies de l’enseignement secondaire, l’élève non-préparé à ce qui l’attend (soit qu’il n’a pas écouté ou, pire encore, pas voulu croire les avertissements répétés de ses aînés) risque d’être dépassé par les atrocités à venir. Au firmament de celles-ci trône ce que l’administration scolaire à conçu de mieux comme désaxé notoire chargés d’éduquer les masses blondes et imberbes: le prof d’allemand. Il en existe de plusieurs types, et si certains sont plus dangereux que d’autres, j’aimerais vous entretenir aujourd’hui d’un spécimen particulièrement nocif: le Tortionnaire Sadique.

Nous l’avons vu lors d’un précédent article: certains profs d’allemand semblent, au premier abord, parfaitement inoffensifs. Mais s’il faut parfois un moment avant que la vraie nature de ces créatures ne se révèle à l’élève incrédule, dans le cas qui nous occupe présentement la réalité est autrement plus simple et terrifiante: l’aura de noirceur maléfique, de pure haine glacée qui enveloppe le Tortionnaire Sadique est perceptible de très loin, et semble venir de nulle part.

8h25 du matin, premier jour de la rentrée. Rassemblés en grappes hétérogènes, une vingtaine de jeunes humains discutent et se chamaillent bruyamment devant la porte encore close de la salle de classe, futur théâtre de leurs joies et peines quotidiennes. Les rires sont gras, les gloussements sont perçants, les sous entendus sont graveleux. Une tension sexuelle puissante émane de cette joyeuse bande… pas de doutes: on a bien affaire à des adolescents en pleine poussée d’hormones, et malgré la perspective de débuter l’année avec 2 périodes d’allemand (« Ouais fèche t’a vu aussi? Trop relou! »), tout le monde ou presque apprécie ce moment de retrouvailles et de découverte.

Pour un temps.

8h29: deux événements sans liens apparents se suivent rapidement. Premièrement, un élève plus sensible que les autres frissonne et lâche un plaintif « c’est moi ou on se les gèle d’un coup? » auquel personne – ou presque – ne prête attention. Une poignée de secondes plus tard, une voix de mort lâche un ordre sec, cassant: « Silence! »

Inutile de lutter: tel un Paul Atréides incapable de résister à la Voix de Commandement des Bene Gesserit, tout le monde se soumet d’instinct. Silence craintif, suivi de l’apparition d’une créature effroyable.

Froid. Dur. Impitoyable. Une lame. Les qualités morales douteuse et le goût pour la souffrance infligée à autrui du Tortionnaire Sadique déteignent invariablement sur son physique (voir fig.1).

Fig. 1: Tortionnaire Sadique confisquant son téléphone portable à un élève gravement malade souhaitant appeler sa mère; il décèdera quelques heures plus tard sans avoir pu joindre quiconque. Genève, 1933.

Approchons nous, et observons. Oui, observons…. et que voyons nous? Que le Tortionnaire Sadique est rarement jeune, souvent anguleux et d’une maigreur cadavérique. Nous voyons un regard gris, mauvais, surmontant un nez aquilin. Une bouche fine et blanche, parfaitement incapable de murmurer ces mots pourtant si simple: « Je t’aime ». Le cheveu rare, sinon absent. Une peau blanc-jaune, fine, presque transparente, mêlée d’un soupçon de vert; subtil mélange évoquant le cadavre fraîchement décédé. Des accessoires choisis avec soin accentuent encore l’impression de sévérité: lunettes rondes, costume noir mal coupé (mais impeccablement repassé), peut-être un collier de barbe d’un autre âge. Une serviette ou attaché-case en cuir noir contenant, en plus du matériel de torture usuel (voir fig.2), les aveux forcés et signés de son sang d’un élève modèle n’ayant jamais triché de sa vie, complète le tableau.

Fig.2: « Apprendre l’Allemand avec Tokio Hotel », arme ultime de l’arsenal du Tortionnaire Sadique. Interdit avec effet rétroactif par les Conventions de Genève dès 1983, il fait encore de nombreuses victimes de nos jours.

Au contact d’une telle créature, les plus endurcis découvrent, certains pour la première fois de leur vie, cette peur primale, quasi animale, la même qui poussa il y a bien longtemps l’Homme à maîtriser le feu et à s’armer d’airain pour faire face aux bêtes sauvages. Les plus faibles s’écrouleront immédiatement, terrassés par la démence. Ils seront entassés vivant dans un charnier derrière l’école.

Aux survivants incombera la lourde tâche d’apprendre une langue étrangère à coups de centaines de pages de vocabulaire relatif à l’industrie minière ou à la fiscalité, de déclinaisons datives et génitives démentes, d’explication de textes de 60’000-signes-minimum-sous-peine-de-zéro-pointé-vous-avez-deux-périodes, d’écoutes de l’intégrale de Mein Kampf lue par le Führer lui-même (un document d’archive rare, ramené d’un récent voyage en Autriche par le Germanophile Exalté pour qui le lard, c’est du cochon) ou en suivant les aventures de l’immonde Famille Schaudi.

Reste une dernière série d’énigmes: qui est-il, et d’où vient-il? Depuis la nuit des temps, on se perd en conjectures sur les origines du Mal qui ronge le Tortionnaire Sadique. Pour certains chercheurs, il s’agirait du rejeton de Lucifer, venu sur Terre en quête d’âmes pures, jeunes et blondes à réduire en bouillie au nom de son illustre paternel; théorie étayée par de récentes découvertes (voir fig.3).

Fig. 3: sceau magique découvert par des chercheurs Ukrainiens sur le mur d’une crypte enfouie sous les décombres du réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl. Il est généralement admis qu’il s’agit d’un sort d’évocation de Prof d’Allemand, modifié et « noirci » par les adorateurs de Satan; il corroborerait la théorie dite « luciférienne » des origines du Tortionnaire Sadique sur terre. Ukraine, 1986.

Pour d’autres, il s’agirait simplement de l’incarnation terrestre d’une ancienne et vigoureuse divinité oubliée, probablement nordique, venue du fond des temps pour se venger – sans qu’on sache trop pourquoi, à vrai dire. Une dernière théorie affirme enfin qu’il s’agirait ni plus ni moins de l’arrière petit-cousin par Alliance de Sauron. Omis par Tolkien de son récit des événements survenus en Terre du Milieu, il aurait décidé de se venger dans ce monde, qui aussi est le nôtre.

Tout ça n’est pas très sérieux, mais au fond, ça ne m’étonnerait pas plus que ça.

(Un exorcisme de B., échappé de justesse des feux de l’Enfer du système scolaire Vaudois.)