Les 10 types de profs d’allemand #1 : le Germanophile Exalté

29 novembre 2012 at 15 h 19 min

Avantages: moustache rigolote, passion sincère, corruptible (souvenirs de Bavière ou étiquettes de bière pour sa collection), rare.

Inconvénients: regard fou, gestuelle hallucinée, postillons, anecdotes de voyage, violences diverses.

Attention: probablement un « Tortionnaire Sadique » déguisé.

Spécimen rare, d’apparence sympathique, le Germanophile Exalté fait preuve d’un bel enthousiasme pour la langue et la culture allemande. Involontairement à la pointe de la mode actuelle, il arbore en général une moustache et porte volontiers un magnifique polo aux armes de la Deutsche Bahn. D’un naturel a priori souriant et débonnaire (cf. fig.1), il n’est pas rare de le voir arriver à la rentrée avec le DVD de « Lola Rennt » ou un beau livre consacré aux « Étiquettes de bière en Allemagne du XVIIIe siècle à nos jours » et, si on le laisse faire, il n’hésitera pas à commettre d’épouvantables jeux de mots sur la « Reinheitsgebot » adoptée par les brasseurs allemands en 1516.

Visiblement fasciné par son sujet, le Germanophile Exalté se laisse facilement emporter et tout, absolument TOUT est prétexte pour lui à postillons, vociférations enthousiastes, gestes dramatiques et anecdotes affligeantes tirées d’un énième pèlerinage en ex-RDA. Cependant: méfiance! Plus dangereux qu’il n’y paraît, le Germanophile Exalté peut se révéler particulièrement sournois si on le sous-estime.

 

Fig. 1 – un Germanophile Exalté photographié durant

son temps libre. Ne pas se fier au sourire jovial ni à la

moustache amicale: tous deux cachent une sournoiserie

retorse.

 

Il ne paie pourtant pas de mine avec son air un peu benêt et son humour à l’épreuve des balles. Le premier jour, la découverte de ce personnage un peu ridicule provoque invariablement sourires entendus, gloussements et hochements de têtes satisfaits. Se croyant à l’abri de tout travail productif, d’aucuns en profitent même pour baisser leur garde, se risquant à somnoler, à dessiner ou même à chuchoter entre eux.

Grave erreur! Démontrant une intransigeance sans doute inspirée par Helmut Kohl lui-même, le Germanophile Exalté ne souffre d’AUCUN manque d’attention durant ses épisodes délirants. « Rentrée » ou pas, blessé dans son amour propre, il ne reculera devant aucune bassesse pour exiger – puis obtenir! – l’attention de ses élèves: regards homicides, grondements de fauves, menaces d’épreuves surprises, épreuves surprises, baisse arbitraire de la moyenne de classe, appels anonymes chez les parents à 3h du matin, dénonciations au proviseur, confiscation d’objets divers, harcèlement sexuel avec ou sans violence et, dans les cas d’extrême humiliation de sa personne: interprétation de Gstanzl bavarois (cf. fig. 2)

 

 

Fig. 2 – Malgré les avertissements répétés d’élèves plus âgés, ces

deux universitaires n’ont pas ri aux blagues en Allemand de leur

enseignant, pourtant Germanophile Exalté notoire.

 

Ainsi, passés les rires sous capes, passées les furtives siestes improvisées de la première période, c’est un vent glacé inspirant une terreur sans nom qui souffle sur une classe encore sous le coup de l’incompréhension. Ce n’était que le premier cours, et déjà les couloirs résonnent de murmures inquiets, chacun s’interrogeant sur la réalité de ce qu’il a vécu, osant parfois un rire amer, et l’un demandant à l’autre: « Mais non, c’est pas possible, ça va pas être comme ça pendant 3 ans »?

Ça le sera.

 (Une analyse sociologique de B., rescapé du système scolaire Vaudois)

 

 

CREDITS PHOTOS

http://picture-diamonds.de/Tiroler_Gesichter-340.html

http://www.cabaretdesgrauens.de/content/index.cfm/fuseaction/18,dsp,0,1,0,119,1,0,-produktionen-gaeste.html